M2 Métiers du livre Master 2 Métiers du livre à l'université de Bourgogne. Cours de Rédaction web.

Published on décembre 22nd, 2015 | by Cécile

0

« Regards » sur un métier en transformation

Jean-Paul Bourdon est bouquiniste au Village du livre de Cuisery depuis 15 ans. Aujourd’hui, le propriétaire de la Librairie Regards assiste comme tous les membres de sa profession  à une transformation profonde de son métier, due à l’avènement d’internet, qui modifie jusqu’à la notion de collection.

Une aventure solidaire

Jean-Paul a choisi de démarrer son activité de bouquiniste dans le Village du Livre de Cuisery, une association de personnes exerçant différents métiers liés au livre, allant de l’imprimeur à l’éditeur en passant par de nombreuses bouquineries. Le principe fondateur de cette association est que « l’union fait la force ».

Les différents libraires, tous rassemblés dans la même rue, ne souffrent pas de la concurrence traditionnelle. Ils attirent un public intéressé par leur nombre et la diversité des fonds qu’ils proposent, où chacun peut trouver son bonheur. De plus, l’association organise tout au long de l’année des manifestations culturelles variées et des réductions aux adhérents.

La librairie d’occasion : un fonds unique

Un bouquiniste est un libraire dont le fonds est constitué par des livres de seconde main, sélectionnés selon des critères et des occasions uniques. Pour Regards, Jean-Paul a d’abord souhaité concentrer son fond sur  les livres d’art et de photographie, puis de diversifier son activité.

Aujourd’hui, on y trouve des grands noms et titres de littérature, beaucoup d’auteurs marginaux comme Jean Genêt, Albertine Sarrazin, Artaud, ou le Marquis de Sade, de la philosophie, des correspondances plus ou moins connues, des magazines alliant érotisme et littérature, des curiosités… Bref, quinze ans de recherches et d’évolutions qui lui correspondent.

Comme tout libraire, Jean-Paul Bourdon offre à ses clients son expertise, ses trésors, son sourire, sa passion pour son métier. Il s’inquiète cependant du devenir de sa profession.

Internet, une mine d’or ?

« En soi, Internet est un moyen formidable de toucher le public », affirme Jean-Paul, mi-figue mi-raisin.

En hiver, les visiteurs sont plus rares, et les professionnels qui exercent leur activité en rue ont bien moins de clients, tout en travaillant dans des conditions plus rudes. Internet aide à normaliser leur chiffre d’affaires en cette période de l’année, d’écouler des objets dont le public hyper spécifique se retrouve dans des coins précis de la toile, ou des stocks qui encombrent la librairie et n’incarnent pas réellement sa spécificité.

De plus, des initiatives comme le Village du Livre ne survivent que grâce au public. Internet est donc un outil de communication à valoriser, qui multiplie de manière exponentielle le nombre de visiteurs potentiels du village et la visibilité du fond, tout en permettant de présenter chaque bouquiniste dans tout ce qui le caractérise.

Une concurrence inédite

Si les recherches précises permettent au collectionneur de trouver plus facilement la perle rare et aux professionnels d’augmenter leur zone de chalandise, la vente en ligne a plus d’une conséquence. La concurrence est décuplée par les ventes en ligne. En effet, Internet permet une comparaison directe des fonds de chaque bouquinerie et de leur gamme de prix, qui a pour conséquence directe d’obliger les bouquinistes à standardiser leurs prix pour espérer vendre, ou de se soumettre à l’enchère des acheteurs.

De plus, les particuliers peuvent également vendre des livres, dont certains sans aucune connaissance de la valeur des objets en leur possession, cherchent simplement à rentabiliser le livre « à la caisse ».

Historiquement, une telle mise en concurrence des fonds n’a jamais eu lieu. Elle réduit non seulement les marges des bouquinistes, mais aussi le nombre de vendeurs qui leur permettent de constituer leur fonds. Ceux-ci préfèrent à présent se débarrasser des livres sans avoir à sortir de chez eux.

Collections en voie de disparition ?

Ce qui inquiète le plus Jean-Paul, c’est qu’à terme, Internet menace le principe de collection.

« Internet transforme le rapport des gens à l’objet et à l’humain et au monde. Les choses semblent toutes plus accessibles. »

« Le rapport à l’objet, au « trésor », change. Pour les collectionneurs, c’est certes une mine d’or, mais il devient facile de trouver n’importe quoi. Un des intérêts de la collection, c’est le plaisir de chercher. Internet tue ça. »

Pour cet amoureux de l’objet, du hasard et de la rencontre, Internet représente donc une chance et un risque pour son activité. Il garde le sourire, faute de certitude sur l’avenir.

Anouk Van Renterghem, Master 2 Métiers du livre, Université de Bourgogne


About the Author



Back to Top ↑